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Sus à l’insécurité maritime!

Il ne se passe désormais plus de mois sans que l’on évoque la disparition ou l’attaque d’un navire dans le golfe de Guinée. Le Bureau maritime international (BMI) a ainsi annoncé, le 14 juin dernier, la disparition, au large des côtes togolaises, d’un pétrolier battant pavillon français, le tanker Adour, que l’on aurait repéré ensuite au large du Nigeria. Déjà en février dernier, c’est un autre pétrolier français, le navire Gascogne, qui avait subi le même sort au large des côtes ivoiriennes… Les chiffres parlent d’eux-mêmes: de trente actes de piraterie recensés dans le Golfe de Guinée en 2011, on est passé à 53 pour l’année 2012, dont 19 actes de piraterie pour le seul dernier trimestre de 2012.

C’est le cas de le dire, les actes de terrorisme maritime se multiplient dans le golfe de Guinée, désormais considéré comme une zone rouge. «L’une des zones maritimes les plus dangereuses du monde», selon le rapport produit en décembre 2012 par International Crisis Group, qui en appelle à une stratégie globale pour faire face à ce «véritable problème régional qui menace, à court terme, le commerce et, à long terme, la stabilité des pays riverains». Et les experts sont formels, «avec la montée du narco-terrorisme au Sahel et du crime organisé, la piraterie constitue une grande menace à la stabilité et au développement économique des Etats du golfe de Guinée».

Cette région est pourtant vitale pour l’économie internationale. Et pour cause! Elle fournit «40% du pétrole européen et 29% du pétrole américain». Les enjeux, ici, sont donc certes sécuritaires, mais aussi et surtout financiers et géostratégiques. Alors, comment comprendre qu’en seulement une décennie, les mers calmes de cette partie du monde soient devenues le repaire et le champ d’action et de prédilection de pirates lourdement équipés qui s’attaquent aussi facilement à des pétroliers qui commercent avec nos pays? Et pourquoi rester inactifs face à la montée en puissance de cette insécurité maritime, nouvelle plaie du golfe de Guinée?

C’est pour répondre à cette urgente interrogation que la capitale camerounaise accueille, les 24 et 25 juin, un sommet sur la sûreté et l’insécurité maritime. Un rendez-vous qui vient à point nommé pour faire un état des lieux de cette grave question qui interpelle les politiques, mais aussi pour se donner les moyens humains, matériels et financiers de mener la vie dure à ces pirates qui opèrent presqu’impunément dans les eaux de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique du Centre. Car, autant le dire tout de suite, il n’est pas question que ce sommet s’achève sur une simple proclamation de bonnes intentions, sans tracer le chemin d’une conquête souveraine des mers de cette zone.

De fait, le terrain a déjà été balisé à Cotonou, au Bénin, en mars dernier, lorsque les ministres en charge des Affaires étrangères, de la Sécurité et de la Défense des pays membres de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC) et de la Commission du Golfe de Guinée (CGG), ont validé les instruments juridiques de coopération et de la stratégie intercommunautaire de sécurité maritime dans le Golfe de Guinée. Le sommet de Yaoundé devrait donc accoucher d’une «Déclaration politique» dans laquelle les chefs d’Etat et de gouvernement «réaffirment leur engagement à lutter contre la criminalité maritime organisée transnationale sous toutes ses formes dans le Golfe de Guinée».

Mais, bien évidemment, cela ne suffit pas. Au-delà du discours, les deux jours de concertation au plus haut niveau des Etats de cette «zone rouge» devraient consacrer la primauté de l’action quant à «la prévention et à la répression de la piraterie, des vols à main armée à l’encontre des navires et des activités maritimes illicites en Afrique Centrale et en Afrique de l’Ouest». Un code a déjà été élaboré à cet effet, qui n’attend que son adoption par les chefs d’Etat et de gouvernement.

Si l’on peut admettre que toutes ces initiatives constituent autant de pas dans la bonne direction, il y a lieu, toutefois, de reconnaître que les mesures de prévention et de répression des actes de piraterie maritime dans nos eaux ne suffisent pas à elles seules pour refaire de cette zone un nouvel espace de sûreté. En effet, en même temps que les actions politiques et sécuritaires agiront en aval, les gouvernants devraient se pencher hardiment, pour infléchir la courbe de cette insécurité maritime qui fait des ravages grandissants, sur les véritables ressorts d’un développement inclusif de leurs pays.

Si, ainsi que le constatent des experts de la question avec réalisme, «la faiblesse ou l’inadéquation générale des politiques maritimes des Etats du golfe de Guinée, ainsi que l’absence de coopération entre eux, ont permis à des réseaux criminels de diversifier leurs activités et de s’étendre peu à peu au-delà du périmètre des côtes nigérianes et en haute mer», certaines conjonctures sociopolitiques ont fait le lit, ci et là, de revendications pour une meilleure répartition des revenus pétroliers. Des pays pétroliers n’ont ainsi pas réussi à faire l’économie d’une guerre, n’ayant pas su ou cru devoir apporter un minimum de mieux-être aux populations riveraines de la manne pétrolière.

En accueillant ses pairs à Yaoundé, pour mettre en route avec eux la nouvelle feuille de route de la lutte contre l’insécurité maritime dans le golfe de Guinée, le chef de l’Etat camerounais, Paul Biya, affiche et assume son leadership sur ces questions actuelles et cruciales. A charge maintenant pour lui de créer, sur terre et sur mer, une synergie d’actions capables de faire rapidement reculer le phénomène.

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